Sur la terrasse de la Perche aux Bretons, il y avait cinquante gentilshommes armés en guerre. Une compagnie de Suisses occupait la cour carrée. Le grand escalier était plein de seigneurs royalistes dont le sombre visage annonçait qu'ils n'attendaient rien de bon de l'arrivée du duc. Toutes les autres cours et les autres escaliers du château étaient occupés par des gens d'armes.

Dans le salon lui-même, une vingtaine de gentilshommes attendaient, silencieux et les yeux fixés sur le roi. Dans un coin, Catherine de Médicis, causant avec son confesseur, contrastait par sa sérénité et sa gaieté avec toute cette sombre impatience.

—Où est Biron? est-il de retour? fit tout à coup Henri III.

—Sire, me voici, fit le maréchal de Biron Armand de Gontaut, baron de Biron, était alors âgé de soixante-quatre ans; mais il portait encore la cuirasse avec une facilité que lui enviaient de plus jeunes.

—Ah! te voilà, mon vieux brave! dit Henri III Je craignais que tu ne fusses pas ici aujourd'hui, car je t'avais donne congé pour huit jours.

—Oui, mais j'ai appris l'arrivée de M. le duc. Peste sire, je n'aurais eu garde de manquer une si belle occasion de lui présenter mes respects!... Et sire vous voyez que je suis arrivé à temps...

Le roi se mit à rire, les gentilshommes éclatèrent.

En effet, à ce moment même, une rumeur montait de la cour carrée: c'était un bruit de chevaux qui passaient sous le porche, un cliquetis d'armes et d'éperons de cavaliers mettant pied à terre... Henri III pâlit.

—Comte de Loignes, dit-il d'une voix altérée, voyez donc ce qui se passe dans la cour.»

Il le savait très bien. Il devinait que c'était Guise qui arrivait. Et, avant d'avoir reçu aucune réponse il se dirigea vers un grand fauteuil placé sur une estrade et formant trône. Il s'y assit et, d'un geste rageur enfonça son chapeau sur son front.