—Mais, reprit le roi, il ne s'agit pas de vos deux frères. Il s'agit de vous. Je suis bien aise de les voir près de vous... de vous voir tous trois ensemble... mais je vous demande spécialement à vous: que venez-vous faire ici?...

A ce moment, Catherine de Médicis se rapprocha du roi et se tint debout près de l'estrade. Cette sombre figure de spectre qui apparut soudain à Guise lui sembla le mauvais augure de quelque catastrophe. Il jeta autour de lui un rapide regard, il vit les seigneurs royalistes prêts à sauter sur lui, et peu s'en fallut qu'il n'eût à ce moment la parole irrévocable.

«S'il fait un signe suspect, pensa-t-il rapidement, j'appelle mes gentilshommes... et... bataille!...»

Il résolut d'atermoyer encore s'il le pouvait, et répondit:

—Sire, je pourrais vous dire que, député de la noblesse au même titre que tant d'autres seigneurs, j'ai pu, j'ai dû me rendre à la convocation que Votre Majesté...

—Il ne s'agit pas de votre présence aux états généraux, interrompit le roi qui avait l'obstination froide, terrible et parfois cruelle. Il s'agit de votre présence ici, chez moi, chez le roi! Qu'y venez-vous faire?...

Ces paroles étaient effrayantes. La situation l'était plus encore. Guise, éperdu, balbutia quelques paroles confuses. Son frère, le cardinal, lui marcha rudement sur le pied, d'un air qui voulait dire:

—Qu'attendez-vous? Dégainons, morbleu!...

L'angoisse qui pesait sur cette scène d'une terrible violence fut portée à son comble par ces paroles que Henri III, plus nasillant que jamais, ajouta tout à coup:

—En tout cas, j'ai pu voir que vous êtes venus en bonne et nombreuse compagnie. Peste! je vous en fais mon compliment!