—Sire... intervint la reine mère.
—Laissez, madame!... Par les saints, il y a ici un roi; il n'y a qu'un roi; et, quand le roi parle, tout le monde doit se taire, même vous, madame!... Mon cher cousin, je vous faisais donc compliment sur votre escorte. Mais, dites-moi, il me semble qu'il y manque quelqu'un...
—Qui cela, sire? dit le duc de Guise en devenant livide.
—Mais... le moine qui devait m'occire en la cathédrale de Chartres. L'avez-vous donc oublié à Paris?
Ces paroles éclatèrent comme un coup de tonnerre.
Déjà, le duc de Guise se tournait vers la porte, il allait pousser le cri de rescousse, et qui peut savoir ce qui se fût alors passé?... lorsque, tout à coup, Catherine de Médicis, allongeant son bras maigre, laissa tomber ces mots, de cette voix de suprême autorité dont elle usait bien rarement:
—Messieurs de Lorraine, écoutez-moi, écoutez la reine! Le roi veut bien que je parle. N'est-ce pas que vous le voulez, mon fils?
Les personnages qui assistaient à cette scène demeurèrent figés dans l'attitude qu'ils venaient de prendre. Seul, le duc de Guise fit un demi-tour vers la reine mère. Alors, Catherine de Médicis continua:
—Monsieur le duc, vous ignorez sûrement que nous avons découvert à Chartres un complot contre Sa Majesté; un moine, en effet, un moine s'était vanté de frapper le roi... Mais Dieu veille sur le fils aîné de l'Eglise... le complot avorta... Toujours est-il que ce moine, pour pénétrer dans Chartres, s'était glissé à notre insu dans les rangs de la grande procession... C'est cela que Sa Majesté a voulu dire...
—J'ignorais, en effet, balbutia le duc, qu'il pût y avoir dans tout le royaume un être assez criminel, assez insensé pour oser porter la main sur la personne royale...