—Oh! madame, fit le roi, se méprenant au sens de cet avertissement, Crillon aura certainement pris les précautions nécessaires... et justement le voici! ajouta-t-il pour couper court à l'entretien...

Catherine de Médicis poussa un soupir, jeta un profond regard sur son fils et se retira lentement, tandis que Crillon faisait en effet son entrée dans le salon et annonçait au roi qu'on n'attendait plus que son bon plaisir pour se mettre en route vers la cathédrale...

Le roi descendit aussitôt dans la cour carrée et sourît à la vue de ces gentilshommes qui formaient une masse imposante, à la vue plus imposante encore des gens d'armes que Crillon avait disposés. Il monta à cheval. Tous l'imitèrent aussitôt.

Le roi sortit du château, précédé d'une fanfare de trompettes, d'une compagnie de mousquetaires, et encadré par un triple rang de ses gentilshommes. Le duc de Guise venait immédiatement derrière lui et se trouvait ainsi séparé de ses partisans. Toute cette formidable et brillante cavalcade se dirigea vers la cathédrale dans une sorte de recueillement inquiet. On n'osait parler. Chacun se demandait si cette cérémonie ne cachait pas un guet-apens.

Le chapitre de la cathédrale, prévenu en toute hâte, s'était réuni, et, revêtu de ses ornements sacerdotaux, attendait Sa Majesté.

Le roi mit pied à terre devant l'église où il entra aussitôt, toujours silencieux, et suivi par cette foule non moins silencieuse. Guise marchait près de lui, un peu en arrière.

En un instant, la cathédrale se trouva remplie. Le roi et Guise marchèrent jusqu'au maître'autel. Le curé doyen de la cathédrale s'agenouilla alors, entouré de ses vicaires, fit une courte oraison. Puis, il monta les degrés de l'autel, ouvrit le tabernacle, découvrit l'ostensoir d'or et, tandis que les prêtres entonnaient le Tantum ergo, il se retourna en soulevant l'emblème dans ses mains levées.

Toute l'assistance était tombée à genoux; le roi avait le premier donné l'exemple. Enfin, l'ostensoir ayant été exposé sur l'autel, le roi se releva et regarda fixement le duc de Guise. Celui-ci, d'un pas ferme, monta les degrés de l'autel et étendit la main droite.

—Sur l'Evangile et le Saint-Sacrement, dit le duc d'une voix que tout le monde put entendre, tant en mon nom qu'au nom de la Ligue dont je suis lieutenant général, je jure réconciliation et parfaite amitié à Sa Majesté le Roi...

Henri III qui, jusque-là, avait conservé un doute, rayonna de joie, et, montant à son tour, il étendit la main et dit: