—Sur l'Evangile et le Saint-Sacrement, je jure réconciliation et parfaite amitié à mon féal cousin duc de Guise et à messieurs de la Ligue...
Alors, des vivats éclatèrent parmi les royalistes, tandis que les gentilshommes guisards demeuraient sombres et silencieux. Le roi tendit la main au duc qui, profondément, s'inclina. La réconciliation était scellée.
XXV
CATHERINE REÇOIT LA LETTRE...
Le soir, pendant la grande réception qui eut lieu au château, les gens de la Ligue montrèrent un visage serein, joyeux, et même quelque peu moqueur quand leurs yeux s'arrêtaient sur Henri III.
Le roi, qui dînait d'assez bon appétit, contre son habitude, ne remarquait nullement ce qu'il y avait de singulier dans cette attitude des guisards. Mais d'autres le remarquaient pour lui. Et, parmi ces autres, se trouvaient Ruggieri et Catherine de Médicis.
L'astrologue assistait au dîner du roi du fond d'un cabinet percé d'un invisible judas à travers lequel il pouvait tout voir. Catherine l'avait mis là en lui recommandant d'étudier la physionomie des Guise. Jamais la vieille reine n'avait éprouvé angoisse pareille. Il y avait un malheur dans l'air.
A la table du roi avaient pris place le maréchal de Biron, Villequier, d'Aumont, du Guast, Crillon, les trois Lorrains et quelques seigneurs de la Ligue. Les convives étaient fraternellement mêlés les uns aux autres, et, si le roi n'eût été assis dans un fauteuil un peu plus élevé que, les autres, on ne l'eût pas distingué de ses invités.
—Par Notre-Dame de Chartres, à qui, en partant, j'ai fait cadeau d'une belle chape de drap d'or! s'écriait à un moment le roi de France, je voudrais bien savoir la figure que ferait le maudit Béarnais s'il nous voyait réunis à la même table!... J'en ris rien que d'y penser!...
Le roi se mit à éclater. Le duc de Guise éclata aussi, puis toute la tablée, puis tous les seigneurs debout.