—Madame, balbutia Henri III, ma mère...

Catherine l'arrêta d'un geste.

—Je sais quels sont vos sentiments. Épargnez-vous toute contrainte. Votre père me l'a dit: «Je sens la mort», et toute ma vie s'est résumée dans cette question qui s'est dressée devant moi tous les jours: tuer ou être tuée!...

—Que voulez-vous dire? s'écria Henri, pris de cette sorte de terreur que lui inspirait si souvent sa mère.

—Je veux dire que toute ma vie, j'ai dû tuer pour ne pas l'être... il faut que je tue encore pour que vous ne mouriez pas, vous que j'aime... vous, mon fils!...

—Je dois donc mourir! fit Henri d'une voix étranglée. On veut donc me tuer!...

—Vous l'eussiez été cent fois déjà, si je n'avais été là!...

Henri III fut secoué par un frisson; sa mère ne l'ennuyait plus... elle l'épouvantait.

—Or, reprit Catherine avec un sourire amer, puisque votre père a déclaré que je sens la mort, je ne dois pas le faire mentir.

En parlant ainsi, la vieille reine se redressa. Henri la considérait avec une admiration mêlée d'effroi.