—Ce doit être bien bon!...
A ce moment, comme il poussait un deuxième soupir et qu'il allait se remettre en quête d'une auberge plus modeste, il tressaillit, et ses yeux se fixèrent sur un gentilhomme qui, assis à l'écart à une table où cinq ou six couverts étaient dressés, attendait sans doute des convives pour commencer à dîner.
—Que vois-je? murmura le moine. Ne serait-ce pas ce bon M. de Maurevert? C'est bien lui, de par saint Matthieu, patron de cette auberge!... Je puis très bien me confier à M. de Maurevert qui est un de nos fidèles, un intime du révérend Bourgoing; je vais lui demander où je pourrai bien trouver la duchesse de Montpensier... Et comme il m'estime, peut-être m'invitera-t-il à partager avec lui les choses succulentes dont, selon toute vraisemblance, il va se nourrir ce soir... Allons!...
Cela dit, frère Timothée, qui en sa double qualité d'ancien reître et de moine était doublement imprudent, attacha sa mule à l'un des anneaux du perron, entra majestueusement dans la salle et, le visage épanoui se dirigea droit sur Maurevert.
Maurevert, qui, en effet, était en relations suivies avec le prieur Bourgoing, de même que les gentilshommes du service de Guise, reconnut parfaitement le frère portier des jacobins.
—Ah! monsieur le marquis de Maurevert, commença le moine, la bouche en coeur et les yeux luisants.
—Je ne suis pas marquis, fit Maurevert.
—Monsieur le baron, alors, je suis bien heureux...
—Je ne suis pas baron, interrompit Maurevert.
Le moine, qui avait mis dans sa tête que Maurevert paierait l'écot de son dîner, ne se laissa pas intimider par cet accueil sévère. Tirant donc à lui un escabeau, il s'assit sans y être invité.