—Mon gentilhomme, dit-il, je suis sûr que le révérend Bourgoing serait bien heureux s'il apprenait, en ce moment, en quelle excellente compagnie je me trouve. Pare celle-là! ajouta Timothée en lui-même.
En effet, Maurevert, qui, devant l'insistance du moine, fronçait déjà les sourcils et s'apprêtait à lui faire rudement sentir la distance qui sépare un frocard d'un gentilhomme, se dérida soudainement au nom de Bourgoing et prêta l'oreille.
—Est-ce donc à dire, fit-il, en essayant de démêler les intentions du frère portier, que le prieur vous adresse à moi?...
—Pas tout à fait... mais presque... Daignez permettre, mon gentilhomme, je meurs de soif.
En même temps, Timothée remplit un gobelet jusqu'aux bords et le vida d'un seul trait.
—A votre santé, à celle de la Ligue, murmura-t-il en clignant de l'oeil, et à la mort du tyran!...
Maurevert tressaillit... Il se pencha vers le moine et d'une voix basse, rapide:
—Est-ce pour cela que vous venez à Blois?...
Timothée, encore, cligna de l'oeil, réponse qu'il jugeait apte à concilier son désir de bien dîner et sa complète ignorance de la mission dont il était chargé... il portait une lettre, voilà tout. Mais cette réponse, Maurevert l'interpréta dans le sens de l'affirmative.
Sa haine contre le duc de Guise, plus encore que le désir de passer le plus tôt possible chez le trésorier royal lui faisait souhaiter ardemment la mort du duc.