On conçoit l'intérêt énorme que prit tout à coup à ses yeux frère Timothée, envoyé de Bourgoing, c'est-à-dire d'un ligueur enragé.

—Buvez, puisque vous avez soif, dit-il d'une voix très adoucie.

—Je ne meurs pas seulement de soif, mais aussi de faim. Songez donc, messire, que j'ai fait en moins de quatre jours le voyage de Paris à Blois... Cette fois, songea-t-il, tu m'invites à dîner!

Et un troisième clignement des yeux indiqua toute l'importance de la mission que le moine venait remplir à Blois.

—C'est donc bien pressé? fit Maurevert qui pâlit à cette idée que Guise, peut-être, allait agir le premier... Au nom des grands intérêts que vous connaissez, si vous m'êtes envoyé, je vous somme de parier. Et si ce n'est pas moi que vous cherchez, je vous en prie...

—Mon cher monsieur de Maurevert, dit le moine, c'est bien vous que je cherchais, car voilà quatre heures que je cours après vous. Le révérend prieur m'a expressément recommandé de ne rien faire sans vos amis. Je parlerai donc. Mais je vous avoue qu'avant dîner, mes idées ne sont jamais bien nettes...

—Venez! dit Maurevert qui, tout à coup, se leva et gagna rapidement la porte, de façon qu'on vît qu'il ne sortait pas en compagnie du moine.

Frère Timothée demeura un instant abasourdi, jeta un dernier regard navré du côté de la cuisine, acheva par acquit de conscience le pot de vin qui était devant lui, et sortit à son tour sans avoir été autrement remarqué. Dans la rue, il détacha sa mule et, mélancolique, s'apprêta à suivre Maurevert qui l'attendait.

—Je veux vous traiter, dit Maurevert, selon vos mérites, c'est-à-dire beaucoup mieux qu'en cette auberge. Suivez-moi donc à quelques pas, car il importe qu'on ne nous voie pas ensemble, vous comprenez?

—Si je comprends! s'écria Timothée qui prit au même instant une figure rayonnante.