La nuit était tout à fait venue. Les rues étroites de Blois étaient plongées dans les ténèbres que le brouillard faisait plus intenses. Maurevert montait une ruelle escarpée, pavée de cailloux pointus destinés à aider la descente des chevaux.

«Si cet imbécile est porteur de quelque ordre grave, je le saurai, réfléchissait Maurevert. Et je préviendrai la vieille Médicis. Alors, de deux choses l'une: ou c'est le roi qui agit le premier, ou c'est Guise qui tue Valois. Dans le premier cas, j'aurai rendu un immense service à la monarchie, et il faudra bien qu'on m'en tienne compte. Dans le deuxième cas, j'en serai quitte pour attendre une nouvelle occasion de prouver à Guise qu'on ne me traite pas impunément comme un valet. Et comme il ne sait rien, comme il ne peut rien savoir, je demeure son intime!»

Maurevert s'arrêta devant une auberge de médiocre apparence. C'est là qu'il avait son logis. Timothée fit la grimace et soupira:

—L'auberge du Grand-Saint-Matthieu me paraissait infiniment respectable.

—Ne vous fiez pas aux apparences, ricana Maurevert d'un ton qui, un instant, donna le frisson à Timothée. Je vous ai promis de vous traiter selon vos mérites, et je vous jure que vous le serez. Entrez donc, faites mettre votre mule à l'écurie, puis traversez la salle, montez l'escalier qui se trouve au fond, et faites-vous donner la chambre n° 3.

Timothée commençait à se repentir d'avoir suivi Maurevert. Il éprouvait un étrange malaise. En somme, il eût bien voulu s'en aller, quitte à mal dîner. Mais la rue était déserte. Maurevert le surveillait.

Il se conforma donc aux instructions qu'il venait de recevoir.

L'hôtesse le conduisit à la chambre n° 3, et se retira en emportant la bénédiction du moine qui demeura seul. Une demi-heure se passa.

«Est-ce que, par hasard, se demanda le moine, ce M. de Maurevert se moquerait de moi?»

A ce moment la porte s'ouvrit, et Maurevert parut, en mettant un doigt sur sa bouche. Le moine se contenta de suivre Maurevert qui, par un deuxième geste, l'invitait à venir avec lui.