Ayant achevé sa lecture, Maurevert replia la lettre, la plaça dans son pourpoint, s'enveloppa de sa cape, éteignit le flambeau qu'il avait allumé, et murmura:
«Il faut que la vieille Médicis ait cela tout de suite... d'abord parce que cette lettre complète la première, ensuite parce qu'il faut que je m'en débarrasse à l'instant... Allons au château.»
Malgré ces paroles, il ne bougea pas. Debout dans les ténèbres, enveloppé de son manteau, il réfléchissait profondément.
«Voyons, gronda-t-il tout à coup, relisons. C'est une pensée insensée qui m'a traversé l'esprit quand j'ai lu ces mots...»
Il battit le briquet et ralluma son flambeau. Et il se remit à lire. Il ne relisait qu'un passage, toujours le même, et tout ce qui était relatif au meurtre du roi lui était indifférent.
Un bruit dans le couloir, une planche qui venait de craquer sans doute, le fit tressaillir violemment. Il se leva d'un bond, la dague au poing, l'oeil exorbité, la sueur au front.
«On a marché là!... qui vient de marcher?...»
Est-ce que Maurevert avait des remords?... Se repentait-il de sa trahison?...
Ce n'était point le remords qui l'immobilisait dans les ténèbres... c'était la peur!... Car, lorsqu'il se décida enfin à se remettre en route, bas, très bas, comme s'il eût redouté de s'entendre lui-même, il murmura:
«Celui qui doit tuer le roi est accompagné d'un gentilhomme... l'oeil froid et moqueur... fière tournure... grand... robuste... qui est ce gentilhomme?...»