En même temps, son bras se leva. L'éclair de sa dague traversa l'espace. Au même instant, le moine jeta un grand cri et s'affaissa. La dague de Maurevert avait pénétré dans la gorge de frère Timothée, au-dessus de la cuirasse...

Maurevert regarda autour de lui. Rien ne bougeait... Le cri du malheureux moine, s'il avait été entendu, n'avait éveillé aucune alerte. Froidement, Maurevert se baissa, tâta le froc, sentit le papier, déchira l'étoffé du bout de sa dague, et saisit la lettre... Puis, soulevant le cadavre, le dépouilla de son froc, et alors, il le poussa dans l'eau du fossé. Quant au froc, il l'emporta chez lui.

C'est ainsi que périt frère Timothée, victime de sa gourmandise et de son dévouement.

Rentré dans sa chambre, Maurevert ouvrit tranquillement la lettre et se mit à la lire. Voici ce qu'elle contenait:

« Madame,

«J'ai l'honneur et la joie d'aviser Votre Altesse Royale que notre homme s'est soudainement décidé à se mettre en route pour Blois. Il emporte le poignard, le fameux poignard qui lui fut octroyé par l'ange que vous connaissez.

«Si Valois en réchappe, cette fois, il faudra qu'il ait le diable au corps. Je ne sais si l'homme aura le courage de vous venir voir, et c'est pourquoi je vous préviens. Il serait à souhaiter que Votre Altesse Royale pût le découvrir dans Blois et lever ses derniers scrupules, s'il en a: je crois qu'un regard de vous y suffira.

«Je vous prie d'observer qu'il est accompagné d'un gentilhomme qui, sans aucun doute, est des nôtres. Grand, robuste, fière tournure, l'oeil froid et moqueur, ce gentilhomme m'a paru posséder toutes les qualités d'audace, de vigueur et de sang-froid nécessaires pour le grand acte.

«Je suis, madame, de Votre Altesse Royale, le très dévoué serviteur.»

La lettre portait comme signature un signe sans doute convenu et servant de pseudonyme.