—Messieurs, le duc de Guise veut m'assassiner...
Il serait difficile de donner une idée de l'effet produit par ces paroles. Pourtant, tous savaient depuis longtemps quelle était la crainte du roi. Bien mieux, ils savaient que cela allait leur être dit, avant d'entrer dans la chambre. Et pourtant, ils se regardèrent, tout pâles, et quelques-uns d'entre eux, se levant, dégainèrent comme si le duc de Guise eût été là... Le roi les calma d'un geste et ajouta:
—Tant que j'ai pu douter, tant que j'ai pu fermer les yeux, je me suis refusé à croire à la méditation d'un tel crime chez un homme que j'ai comblé de mes bienfaits. Aujourd'hui, messieurs, il faut que je prenne une décision, car je dois être tué avant la Noël... Or, je vous ai réunis pour vous demander votre aide et vos avis. Parle le premier, Crillon.
—Sire, dit Crillon, il s'agit d'un crime, et il me semble que cela regarde vos gens de loi...
—Ainsi, fit le roi, vous me conseillez de traduire le duc devant une cour de justice?
—C'est ainsi que l'on procède pour tous les criminels, sire.
Brion et quelques autres appuyèrent d'un geste.
—A moins, dit Henri III avec un pâle sourire, à moins que les amis de l'accusé ne l'enlèvent pendant le jugement et n'exécutent l'accusateur. Votre conseil ne vaut rien, Crillon!
—Sire, je suis soldat...
—Donc, reprit le roi après un moment de silence, en dehors du jugement, vous ne voyez pas ce qu'on peut faire à un traître, à un félon qui conspire contre la vie de son roi?