—Eh bien, c'est vrai, Majesté. Et je n'ai pas été le dernier à vous conseiller de vous mettre en garde. Je dis donc que je suis de l'avis de Crillon: que le duc soit jugé et qu'il soit tiré un terrible châtiment de sa félonie...

—Et qui le jugera? fit amèrement le roi.

—Le Parlement de Paris.

—Paris se lèvera en masse pour le délivrer, dit Catherine de Médicis; on mettra le feu au Palais de Justice, on démolira le Louvre pour en faire des barricades, on nous pillera et nous tuera tous, maréchal, depuis le roi jusqu'au dernier de nos soldats...

Biron baissa la tête, tandis qu'un frémissement parcourait les autres membres de cet étrange et terrible conseil privé.

—Merci, Biron merci, dit le roi affectueusement. Je comprends vos scrupules, puisque je les ai eus. Mais l'heure des scrupules est passée. Veuillez donc vous retirer.

—Sire, dit Biron, je me retire, mais pour ne pas m'éloigner. A partir de cette minute, je ne quitte plus votre antichambre; la nuit, je dormirai en travers de la porte; homme ou diable, il faudra me passer sur le ventre pour arriver à Votre Majesté...

Après Biron, d'Aumont, interrogé à son tour, fit des réponses semblables, et se retira également. Puis ce fut Matignon qui sortit.

Il est à noter que Henri III avait une confiance illimitée dans ces quatre hommes, et que cette confiance était pleinement justifiée. S'il y avait bataille ou bagarre, on pouvait compter sur eux jusqu'à la mort. Ils n'étaient pas pour le guet-apens, voilà tout.

Après le départ de Matignon, personne ne sortit: tous ceux qui restaient étaient d'accord. En effet, le comte de Loignes ayant été interrogé à son tour par le roi, répondit tranquillement: