Nous suivrons un homme qui, vers huit heures du soir, sortit de cette mauvaise Hôtellerie où le malheureux frère Timothée avait fait son dernier repas que, pour comble, il n'avait même pas eu le temps de digérer. Cet homme, c'était Maurevert. Il s'avançait avec d'étranges précautions. Sous son manteau, il tenait sa dague à la main. Il sondait pour ainsi dire le terrain, et ne s'aventurait dans les opaques ténèbres glaciales qu'avec la certitude de n'y être point heurté par quelque ennemi ou truand.
Il faisait grand froid. Mais Maurevert essuyait la sueur qui coulait de son front. Quelquefois, il haussait les épaules et murmurait:
—Je suis fou... Si c'était de lui que parlait la lettre du prieur, je l'aurais déjà vu... j'ai battu Blois de fond en comble...
En même temps, Maurevert distingua une ombre qui barrait le passage de l'étroite rue. Maurevert avait bondi; mais en reconnaissant que cette voix, tout menaçante qu'elle fût, n'était pas celle qu'il attendait, il se rassura aussitôt et répondit:
—Pourquoi ne passerai-je pas? Est-ce que Léa l'aurait défendu?
—Non, monsieur, si vous me dites chez qui vous allez.
—Je vais chez Myrthis, dit Maurevert.
Une fois encore, Maurevert fut arrêté dans la rue et donna un deuxième mot de passe. Enfin, à la porte de l'hôtel où avait lieu la réunion que nous avons citée, il échangea une troisième parole de reconnaissance.
Lorsque Maurevert fut à l'intérieur de l'hôtel, nul ne s'occupa de lui: du moment qu'il était parvenu jusque-là, il devait connaître parfaitement la maison. D'ailleurs, à peine le vestibule du rez-de-chaussée franchi, Maurevert ne trouva personne pour le guider. Mais il paraît qu'il n'avait nullement besoin d'être guidé, car il monta hardiment le large escalier monumental qui s'ouvrait presque sur le vestibule.
Cet hôtel paraissait désert. Il y régnait un profond silence.