Maineville eut une légère contraction des sourcils. Ce n'est pas qu'il s'indignât de l'accusation portée contre son ami; mais il s'en inquiétait, car il avait lui-même, dans la journée, donné les mots à Maurevert. Cependant, il ne dit rien et garda pour lui ses appréhensions.

—Messieurs, dit le duc de Guise, nous avons reçu des renseignements du château. Il paraît qu'il y a chez Sa Majesté de forts soupçons contre moi, et ce, malgré le serment que j'ai fait de bonne amitié au roi... Que devons-nous faire en pareille occurrence?

—Qui quitte la partie la perd! s'écria aigrement la duchesse en agitant ses ciseaux d'or.

—Cependant, madame, si l'illustre duc qui est le chef suprême de la Ligue venait à périr, faute d'un peu de patience, que deviendrions-nous, tous autant que nous sommes?... fit l'un des conjurés. Monseigneur, je vous supplie de quitter Blois, dès demain, car je crois en mon âme et conscience que le danger de mort, à cette heure, est aussi grand pour vous que pour Valois...

—Neuilli, fit le duc, quand je verrais la mort entrer par cette fenêtre, ce ne serait pas une raison pour que je sorte par cette porte. Valois a des soupçons, mais il ne peut prendre contre moi aucune résolution mortelle...

—Vous en prenez bien contre lui! Pourquoi n'en prendrait-il pas contre vous?

—Il n'oserait! répondit Guise avec cette superbe assurance qui était le fond de son caractère. Messieurs, ajouta-t-il, puis-je compter sur vous?

Tous étendirent la main.

—A la vie jusqu'à la mort! dit Bussi-Leclerc.

—Jusqu'à la mort! répétèrent les autres.