A la suite de ce cabinet, qui était vaste et spacieux, il y avait une autre pièce qui donnait sur un escalier intérieur. Cet escalier aboutissait en haut aux combles du château, et en bas à l'appartement de Catherine de Médicis. Lorsque le Balafré gagnait l'antichambre royale après avoir fait entrer son escorte dans le salon, il demandait:
—Où est Sa Majesté?
Alors, quelqu'un montrait toujours du doigt soit la porte de la chambre à coucher, soit la porte du cabinet de travail. Selon l'une ou l'autre indication, le Balafré traversait l'antichambre, soit droit devant lui pour aller à la chambre du roi, soit en obliquant à gauche pour gagner le cabinet. Et il entrait familièrement, car le roi le lui avait commandé une fois pour toutes.
Ce matin-là, comme de coutume, les postes furent relevés et changés par le capitaine Larchant. Seulement, on ne plaça que des postes simples. En sorte que le château semblait dégarni de ses ordinaires défenses.
Seulement, celui qui eût jeté un coup d'oeil sur la cour intérieure que l'on voyait par la fenêtre du cabinet de travail, eût aperçu là trois cents hommes d'armes immobiles et silencieux. Tous étaient armés d'arquebuses.
Seulement, aussi, celui qui eût pu entrer dans une vaste salle située près du corps de garde et qui servait ordinairement de magasin d'armes, eût aperçu là quatre couleuvrines de campagne, montées sur leurs affûts. Les couleuvrines étaient chargées. Autour de chacune d'elles, les quatre servants étaient à leur poste.
Traversons maintenant le salon et pénétrons dans cette antichambre, centre de la scène que nous essayons de mettre en place. Là, une trentaine de gentilshommes attendent—de ceux que le roi appelait ses ordinaires... de ceux que le peuple appelait les Quarante-cinq assassins. Ils sont vêtus comme d'habitude. Mais, sous le pourpoint de soie ou de velours, tous ont endossé la cuirasse de cuir ou la cotte de mailles.
Entrons dans la chambre du roi. Comme le soir où les grandes décisions ont été prises, Henri III est assis près du feu vers lequel il tend ses mains pâles.
Debout près de lui, Catherine de Médicis, pareille à un spectre noir, Catherine livide sous ses voiles de deuil.
Dehors, il fait un froid noir. Un ciel d'une infinie tristesse, un large silence pesant sur toutes choses.