Catherine de Médicis et le roi—deux fantômes—se parlent. Ils se parlent à voix basse et lente.

—C'est le jour, dit Catherine, le grand jour... Le jour de votre délivrance, mon fils. Ce soir, à dix heures, comme une bande de loups rués dans les ténèbres, les gens de Guise doivent se précipiter sur ce château dont ils ont les clefs. Ce soir, à dix heures, on égorgera tout ce qui tentera de s'opposer à la marche des assassins... on enfoncera la porte de cette chambre... on poignardera le roi dans son lit... Si la mère du roi ne veillait!... Mais elle veille!... »

Elle éclate de rire... d'un rire silencieux et fantastique sur cette figure livide de spectre.

—Henri, reprend-elle, es-tu prêt, mon fils?...

—Oui, ma mère! répond le roi, d'une voix tragique.

Pâle et chancelant, Henri III se lève. Sa mère le prend dans ses bras et, longuement, frénétiquement, d'une sauvage étreinte où éclate la seule passion sincère de sa vie, elle le serre sur sa poitrine.

—Tu ne bougeras pas d'ici, murmura Catherine. Tu entends?

—Oui, ma mère, balbutie Henri III.

—Il suffit que, d'un mot, tu donnes l'ordre suprême à ces gentilshommes qui attendent là... le reste me regarde!...

Alors, elle desserre son étreinte. Lentement, elle va ouvrir la porte. Les trente qui attendent dans l'antichambre frémissent. Le roi s'avance jusqu'à la porte et dit: