—Madame, continua Pardaillan, il m'a paru que c'était une légitime satisfaction que je me donnais à moi-même en venant vous annoncer ce que j'ai fait. Je vous avais prévenu jadis, que, moi vivant. Guise ne serait pas roi, et que vous ne seriez pas reine.
Un sourd gémissement s'échappa des lèvres blêmes de Fausta et elle put murmurer:
—Pardaillan!
—Moi-même, madame. Je conçois votre étonnement, puisque, après, avoir voulu m'assassiner un certain nombre de fois, vous m'avez livré aux gens de Guise le jour même où je vous arrachais aux griffes de Sixte.
—Pardaillan! répéta Fausta dans un souffle.
—En chair et os, madame, n'en doutez pas. Tenez, je vais vous dire. Dans l'abbaye de Montmartre, le jour où vous avez crucifié la pauvre petite Violetta, je vous ai vue si courageuse au milieu des traîtres, si orgueilleuse devant la mort, que, sans doute, ce jour-là, je vous aurais pardonné tout le reste, et, par la même occasion, j'eusse pardonné à Guise. Mais vous m'avez obligé à faire un deuxième voyage dans la nasse. Cela n'était pas de jeu, madame. J'ai compris que vous étiez une force inhumaine, et qu'il fallait vous écraser. Eh bien, je vous écrase, un mot y suffit: Guise est mort, madame, mort quelques heures avant d'être roi et de vous couronner reine. Et c'est moi qui l'ai tué...
Fausta, alors, parla, d'une voix basse et pénible, comme si les mots eussent eu de la peine à sortir.
Elle dit à peu près ceci:
—Puisque vous vivez, vous, il n'est pas étonnant que je sois écrasée, moi, et que, du haut de la plus étincelante destinée entrevue, je sois précipitée dans un abîme de honte et de douleur...
Elle s'arrêta, grelottante; une flamme de folie passa dans ses yeux.