Mon malheur est complet, reprit-elle. J'étais tout. Je ne suis plus rien. Que faites-vous ici? Dehors! J'ai voulu vous tuer quand j'ai cru que vous étiez un homme. Vous êtes un laquais qui, par-derrière et dans l'ombre, a frappé un maître, et je vous chasse. Dehors! Allez demander à Valois le prix de votre assassinat!
Elle parlait d'une voix rauque et si précipitée qu'à peine elle était intelligible. Son bras tendu vers la porte tremblait. Pardaillan avait baissé la tête, pensif.
Soudain, en la relevant, il vit Fausta qui marchait sur lui, le poignard à la main. Il la laissa s'approcher. Et, au moment où elle levait le bras, il n'eut qu'un geste: il saisit le poignet de Fausta et le maintint rudement dans ses doigts.
—Que faites-vous? dit-il. Allons, madame, on ne me tue pas ainsi, moi! Car mon heure n'est pas venue. Tenez, je vous lâche: osez me frapper!
Il la lâcha et se croisa les bras. Fausta le regarda. Elle le vit si calme, si étincelant de bravoure, vraiment plus fort que la mort, et avec une telle pitié dans les yeux, qu'elle laissa tomber son arme; elle recula et éclata en sanglots.
Madame, dit Pardaillan, avec une grande douceur, la scène de la cathédrale de Chartres est vivante dans mon esprit: vos lèvres ont touché mes lèvres, et c'est pour cela que je suis ici. Laissez-moi vous dire qu'en venant ici j'avais un double but. D'abord vous dire que vous ne serez pas reine. Ensuite, madame, au château, j'ai vu arrêter, sous mes yeux, le cardinal de Guise, et M. d'Essignac, et M. de Bourbon, et d'autres. Et j'ai entendu le cardinal de Guise crier à M. d'Aumont qui l'arrêtait: «C'est une trahison de la Fausta...» J'ai pensé, madame, qu'on viendrait vous saisir, vous aussi, et, cette épée qui a brisé votre royaume, je me suis dit que je devais la mettre au service de votre vie et de votre liberté. Car vous êtes jeune et belle. Vous pouvez, vous devez vous refaire une existence, et, si vous n'avez pas trouvé le pouvoir, peut-être trouverez-vous le bonheur. A une lieue de Blois, j'ai préparé deux chevaux, un pour vous, un pour quelque serviteur qui vous accompagnera. Hâtez-vous de me suivre, tandis qu'il en est encore temps...
A mesure que Pardaillan parlait, les passions déchaînées dans l'âme de Fausta prenaient un autre cours. Avec l'extraordinaire promptitude de décision qui la rendait si supérieure, elle prenait son parti de l'abominable aventure. Elle s'apaisait. Elle rayait Guise de son esprit, et la souveraineté de ses espérances.
Il ne serait pas juste de dire que la passion pour Pardaillan se réveillait, car, en réalité, elle n'avait jamais cessé de l'aimer. Mais qui savait s'il ne l'aimait pas, lui, à présent?... Qui savait si ce n'était pas une jalousie inavouée qui avait armé son bras contre Guise?...
Ainsi, une espérance nouvelle battait des ailes, éperdument, dans l'imagination de Fausta... Tout à coup, des coups sourds ébranlèrent la porte du vieil hôtel.
Elle bondit vers l'une des fenêtres qui donnaient sur la cour intérieure. En quelques instants, la porte céda et une troupe nombreuse envahit la cour, sous la conduite du capitaine Larchant qui cria: