—Me voilà... tâchons de nous entendre!

Car il ne manquait nullement de courage. Mais ses intimes, comme Villequier, d'Epernon et d'O, ne manquaient pas de lui faire observer que la reine mère était restée à Paris pour arranger la situation, et que le roi gâterait tout par un retour précipité!

Ce matin-là, donc, le roi se leva fort joyeux, passa dans l'appartement voisin, où Catherine de Médicis, arrivée depuis huit jours, lui avait fait dire qu'elle l'attendait. Il entra gaiement chez sa mère et l'embrassa sur les deux joues, contre son habitude.

—Mon fils, dit Catherine, voilà bien longtemps que vous n'aviez embrassé ainsi votre vieille mère.

—C'est que je suis bien content, madame; fit Henri en se jetant dans un fauteuil. Grâce à vous, ma mère, mes bons Parisiens veulent se réconcilier avec moi, et, comme je ne vois pas d'obstacle à cette réconciliation, je veux être à Paris sous deux jours et y faire une entrée dont il sera parlé, j'ose le dire.

Catherine de Médicis regarda son fils avec étonnement; mais elle vit qu'il était sincère.

—Henri, dit-elle, si je vous disais tout ce que veut le peuple de Paris, tout ce qu'attend le peuple de France, je vous étonnerais. Si près de la tombe, j'ai jeté un regard plus clairvoyant sur l'univers, mais je ne vous dirai rien de tout cela, sire... car vous n'entendriez pas sans doute la langue que je parle... Par Notre-Dame, je suis résolue à me défendre et à vous défendre. Mon fils, écoutez-moi: vous ne pouvez retourner à Paris maintenant.

Henri III bondit. Il connaissait la prudence de Catherine; mais il savait aussi qu'elle était mortellement blessée dans son orgueil de reine et de mère, qu'elle préparait avec ardeur la rentrée à Paris et le châtiment des Parisiens; il savait enfin qu'elle était femme à braver tous les dangers. Pour qu'elle se fût décidée à parler ainsi, il fallait donc que le retour à Paris fût réellement impossible.

—Pourquoi, demanda-t-il avec une sourde irritation, pourquoi ne pourrais-je rentrer à Paris? Ne suis-je donc pas le roi?... Qu'est-ce à dire?

—C'est-à-dire, mon fils, qu'on veut vous attirer dans un piège et vous massacrer! Vous, moi, mes amis...