—Très bien, monsieur. Et moi, je vous somme de vous retirer à l'instant!
—Vous faites donc rébellion au roi! hurla le capitaine.
—Vous faites bien rébellion à moi! répondit Pardaillan.
—Gardes, en avant! vociféra Larchant.
—Gardes, gare à vous! tonna Pardaillan.
En même temps, il saisit dans ses bras puissants la banquette du palier, banquette en chêne massif, longue et large, et pesante; et il la souleva, la mit debout. A l'instant où les soldats, à la suite de Larchant, s'élançaient à l'assaut, Pardaillan imprima une violente poussée à la banquette et, à toute volée, l'envoya dans l'escalier.
La banquette bondit dans l'espace. Il y eut un hurlement d'imprécations sauvages. Larchant avait bondi en arrière et, aplati contre le mur, avait vu passer à quelques pouces de son visage le formidable engin. Quand le tumulte s'apaisa, il constata que l'un des gardes gisait, le crâne fracassé, et que quatre autres, contus, moulus, se retiraient de la bagarre en gémissant.
Fausta avait assisté à cette débandade avec un étrange sourire. Elle vit les gardes se reformer. Et de nouveau la ruée des gardes à l'assaut remplit l'escalier de vociférations. Alors, elle assista à ceci:
Pardaillan se retournait vers l'une des statues de marbre qui garnissaient le palier, statue presque de grandeur nature. Elle représentait Pallas, déesse de la sagesse.
Et Pardaillan empoignait la belle Pallas, l'enlevait de son socle, la soulevait dans ses bras, et brusquement, au moment où les gardes allaient atteindre le palier, Pallas décrivait dans l'air une parabole, rebondissait, sautait de marche en marche, et finalement se brisait à grand fracas, parmi les plaintes des éclopés, les rugissements de Larchant, la fuite affolée des survivants...