Et il hâta le pas vers la masure dans laquelle il avait laissé Maurevert sous la garde de Jacques Clément. Comme il n'était plus qu'à deux ou trois cents pas de la masure, il vit un homme qui, dehors, sur le pas de la porte, allait et venait avec agitation. Bientôt, il reconnut que, cet homme, c'était Jacques Clément. Il prit le pas de course et rejoignit Jacques Clément qui fit un signe de désespoir.

—Maurevert! hurla Pardaillan.

—Échappé! répondit Jacques Clément.

Pardaillan bondit dans la masure, et vit qu'elle était vide. Il ressortit, et vit que l'un des deux chevaux attachés à la haie n'y était plus!... Une effrayante expression de colère désespérée—peut-être le premier mouvement de colère qu'il eût eu de sa vie—bouleversa son visage.

—Quel malheur! fit Jacques Clément. Ah! mon ami, je ne me pardonnerai Jamais!...

—C'est un malheur, en effet, dit froidement Pardaillan. Mais comment a-t-il pu arriver?...

—C'est d'une terrible simplicité, dit Jacques Clément... Je m'étais assis devant le misérable, mon poignard à la main. Vous savez qu'il avait les pieds liés, mais les mains libres... J'attendais... A force d'attendre... et puis la physionomie livide de cet homme finissait par me faire mal... à force d'attendre, donc, j'ai voulu voir si vous arriviez. Je tenais mon poignard à la main. Je le déposai machinalement sur cette table... Je me levai, j'allai jusqu'à la porte... à peine y restai-je quelques instants...

—Oui, fit Pardaillan, j'aurai dû prévoir qu'un homme qui veut se sauver guette avec plus d'ardeur et de patience que l'homme qui garde... Il a pris le poignard et a coupé ses liens, n'est-ce pas?...

—Oui!.., Au moment où je me retournais pour rentrer, j'ai reçu sur la tête un coup violent, et une poussée m'a envoyé rouler dans la poussière... Quand je me suis relevé, j'ai vu Maurevert qui sautait sur l'un des chevaux et partait ventre à terre...

—C'est bien, dit Pardaillan. Nous devions retourner ensemble à Paris, retournez-y seul. Je vous y reverrai.