A deux lieues de là, il rencontra un paysan qui conduisait une charrette. Pardaillan interrogea le paysan en lui faisant une description exacte de Maurevert et de son costume. Le paysan lui montra à cent pas en avant une route qui s'éloignait perpendiculairement à la Loire.

—J'ai rencontré le cavalier que vous dites sur cette route que je viens de quitter, dit-il. Cette route s'enfonce de cinq lieues dans les terres, puis tourne à droite, et conduit à Tours...

Pardaillan jeta une pièce d'argent au paysan, alla rejoindre la route qui venait de lui être signalée et reprit son allure de galop furieux.

Bientôt le chevalier dut modérer son allure, sous peine de crever son cheval. Lorsqu'il atteignît le croisement des routes signalé par le paysan, la pauvre bête était déjà bien fatiguée par un temps de galop d'environ six heures.

Pardaillan mit donc pied à terre, devant une misérable auberge qui, placée au carrefour, s'appelait l'auberge des Quatre-Chemins. L'aubergiste, interrogé, prît un air très étonné et répondit hardiment qu'il n'avait vu passer aucun cavalier.

Le chevalier sentit une sorte d'accablement s'emparer de lui. Il ne dit rien, pourtant, et, s'étant occupé de faire donner des soins à son cheval, s'assit près du feu et commanda qu'on lui servît à manger. La nuit venait, le temps était triste. Pardaillan résolut de passer la nuit dans cette auberge... Tout en mangeant, il examinait du coin de l'oeil l'aubergiste, et se disait:

«Quelle figure de truand est-ce là?...»

En effet, l'homme avait fort mauvaise mine. De plus, il y avait deux garçons dans l'auberge, luxe insolite pour ce malheureux bouchon perdu en pleine campagne. Et ces deux hommes avaient, eux aussi, de ces physionomies louches, qui inspirent tout de suite au voyageur la pensée d'aller coucher ailleurs... Lorsqu'il eut fini de manger, Pardaillan s'accouda à la table, les bottes au feu. L'aubergiste plaça sur la table une chandelle fumeuse, et se retira.

Pardaillan vit qu'il était seul. Il était las. Sa pensée si vivante d'ordinaire, et si méthodique, devenait lourde. Peu à peu, il s'assoupissait. Et, comme il faisait un effort pour garder les yeux ouverts, son regard, tout à coup, tomba sur un fragment de miroir accroché devant lui.

Ce miroir réfléchissait la salle vaguement éclairée par le feu mourant et par la chandelle. Comme il allait refermer les yeux, il vit dans le miroir s'entrouvrir doucement la porte du fond de la salle.