La porte s'était ouverte sans bruit. Il sembla à Pardaillan qu'il apercevait alors la figure louche de l'aubergiste, dont les yeux de braise étaient fixés sur lui. Pardaillan s'immobilisa, le coude sur la table, la tête sur la main. Pendant une longue minute, il eut la sensation de ces yeux fixés sur lui par derrière.

Tout à coup, il vit que l'aubergiste se mettait en mouvement. Il devait être pieds nus, car le chevalier n'entendit pas le moindre bruit. Et voici que, derrière le maître de l'auberge, apparurent les deux garçons, autres ombres silencieuses, sournoises. Et Pardaillan entendit ceci:

—Il dort... c'est le moment...

Pardaillan vit les trois ombres se glisser vers lui, et, à cet instant, il lui sembla que quelque chose comme un couteau ou un poignard venait de jeter une lueur soudaine, et que le bras de l'aubergiste se levait.

«Je crois en effet que c'est le moment!» pensa-t-il.

Au même instant, il se leva brusquement, se retourna et renversa la table d'une violente poussée. Aux dernières lueurs de l'âtre, il vit l'aubergiste, un couteau à la main et ses deux garçons portant des cordes. Les trois hommes étaient demeurés pétrifiés de stupeur.

—Eh bien, fit Pardaillan qui éclata de rire, qu'attendez-vous pour me garrotter, vous deux?... Et vous, est-ce bien le moment de me saigner?...

En même temps, il s'élança et projeta ses deux poings en avant; les deux garçons poussèrent un cri de douleur, et déjà Pardaillan se retournait vers l'aubergiste, lorsque celui-ci, jetant son couteau, tomba à genoux et s'écria:

—Grâce, monseigneur, je vous dirai tout!...

—Comment, tu me diras tout... tu n'avais donc pas seulement l'intention de me voler?