—Pourquoi faire? dit Pardaillan. Comment peux-tu me réveiller si je ne laisse pas la porte ouverte?...
L'aubergiste se retira, ébahi.
Pardaillan connaissait les hommes, et il avait eu le temps d'étudier l'aubergiste. Car, bien qu'il eût laissé sa porte ouverte, non seulement cet homme ne fit aucune tentative contre lui, mais encore il monta la garde toute la nuit, de crainte que ses deux acolytes n'essayassent d'entrer. Pardaillan dormit donc tranquillement, sous la garde de l'homme que Maurevert avait payé pour l'assassiner. Vers sept heures du matin, il se remit en route, non sans avoir sondé une dernière fois l'aubergiste:
—Mais enfin, lui dit-il en le quittant, pourquoi, pour un peu d'argent, as-tu voulu tuer un homme qui ne t'a jamais fait aucun mal?
—Que voulez-vous, monseigneur, fit l'aubergiste, on ne mange pas tous les jours à sa faim; la misère est dure. Pillé par les huguenots, pillé par les catholiques, j'en suis tombé à essayer de tous les métiers.
—Y compris celui d'assassin à gages. Voici un écu pour toi, outre l'écot que je t'ai payé.
En laissant l'aubergiste, perplexe, se demander à quel diable d'homme il avait eu affaire, Pardaillan prit d'un bon trot le sentier qui lui avait été indiqué.
Deux heures plus tard, il retomba donc sur le chemin qu'il avait quitté la veille. Il piqua sur Beaugency.
Comme il passait près d'un gros bouquet de bouleaux et d'ormes, une détonation éclata soudain, sur sa droite, et la balle de l'arquebuse brisa une branche près de lui, Pardaillan sauta à terre et s'élança sous bois, dans la direction de la fumée, qui, à vingt pas de là, se dissipait lentement. Mais il eut beau battre les environs, il ne trouva personne.
Qui avait tiré? Était-ce l'un de ces innombrables malandrins qui infestaient les routes? Maurevert avait-il payé et aposté l'un de ces brigands de grand chemin, en prévision que Pardaillan pût échapper à l'aubergiste et retrouver sa piste? C'est ce qu'il était impossible de savoir.