XLIII

DEUX DYNASTIES EN PRÉSENCE

—Expliquez-vous, monsieur, dit le Béarnais lorsqu'il fut un peu revenu de la stupeur que les derniers mots de Pardaillan lui avaient causée.

—Sire, dit Pardaillan, l'explication sera courte. Vous avez une armée assez forte par le nombre et par l'enthousiasme de vos soldats. Sûrement, ces officiers et ces soldats déguenillés sont capables de se faire tuer jusqu'au dernier à cause de votre panache blanc. Mais ils ne sont pas capables de vous conquérir le royaume de France, ou, l'ayant conquis, de vous le garder.

—Pourquoi, monsieur?...

—Parce qu'une armée telle que la vôtre peut détruire une armée, celle de Henri III, par exemple, puis une autre armée, celle de M. de Mayenne, puis d'autres armées encore. Mais, plus elle en détruira, plus il y en aura à détruire. Si bien qu'à la fin il ne vous restera plus de soldats, à moins que vous ne détruisiez jusqu'au dernier paysan de France, et, alors, sur quoi régnerez-vous?

—Mais pourquoi? Pourquoi, monsieur?

—Parce que vous vous heurtez à une passion, à la plus terrible, à la plus irréductible des passions: la passion religieuse.

Le Béarnais poussa un soupir et baissa la tête.

—Je crois, reprit Pardaillan, que Votre Majesté m'a compris.