A ce spectacle, un frémissement prolongé parcourut les rangs de la cour et des soldats, gagna le peuple, s'accentua comme le bruit des feuilles quand vient le coup de vent, monta, gonfla et, soudain, tandis que toutes les têtes se découvraient, éclata une immense acclamation: «Vive le Roi!...» Et alors, à ce cri qu'il n'avait pas entendu depuis bien longtemps, Henri III se mit à pleurer.
—Eh! ventre-saint-gris! fit joyeusement le roi de Navarre, prenez courage, mon frère! Avec l'aide de mes montagnards, je vous ramènerai dans Paris, jusque dans votre Louvre.
L'alliance était consommée; cette alliance devait conduire le Béarnais sur le trône et instaurer la dynastie des Bourbons.
Trois jours plus tard, les deux armées combinées marchaient ensemble, repoussaient à Tours les troupes de Mayenne, marchaient sur Paris, et établissaient leurs quartiers depuis Saint-Cloud jusqu'à Vaugirard. Paris, terrifié de ces succès foudroyants, allait succomber...
XLIV
JACQUES CLÉMENT
Pardaillan avait suivi jusqu'à Saint-Cloud les alliés en spectateur indépendant et curieux d'examiner quelque temps le résultat d'une alliance qui était son oeuvre.
Mais c'est en vain que le Béarnais et Henri III le firent chercher. Le Béarnais, par du Bartas, lui fit offrir un poste dans son conseil intime. Et il le lui offrit, dit du Bartas, comme au plus fin et au plus loyal diplomate qu'il eût connu. Pardaillan se mit à rire et répondit qu'il avait déjà assez de mal à se conseiller lui-même. Henri III lui fit offrir par Crillon une épée de maréchal dans ses armées. Mais Pardaillan répondit qu'il prétendait se contenter de sa bonne rapière.
Le 2 août, après avoir dîné avec Crillon et du Bartas, Pardaillan leur fit ses adieux en leur disant qu'il partait pour un lointain pays. Les deux officiers le pressèrent en vain de rester et, voyant qu'il était inébranlable, le serrèrent dans leurs bras. Pardaillan monta à cheval et, franchissant le pont de Saint-Cloud, se dirigea vers Paris, sans savoir du reste s'il y pourrait rentrer. D'ailleurs, sa pensée n'était pas fixée. S'il parvenait à entrer dans Paris, il comptait simplement se reposer deux ou trois mois à l'auberge de la Devinière. Il était riche grâce à Marie Touchet.
Pardaillan, donc, s'en allait au pas de son cheval, tout pensif, tantôt rêvant à son passé si rempli, et tantôt a cet avenir qui se trouvait si vide.