—Monsieur, reprit le roi, vous êtes mon hôte pour quelques jours. Je vais expédier M. d'Aubigné au camp du roi de France.
—Bon!... Il me garde prisonnier. Mais je m'en irai si je veux... Oui, mais je veux voir la fin de la comédie. Sire, ajouta tout haut Pardaillan, j'accepte l'hospitalité que Votre Majesté veut bien m'offrir jusqu'au moment où elle se sera entendue avec l'autre Majesté...
Une heure plus tard. Agrippa d'Aubigné partait pour le camp de Henri III, porteur des propositions d'alliance du Béarnais. Le lendemain soir, il était de retour et apportait la réponse de Valois: le roi de France donnait rendez-vous au roi de Navarre au château de Plessy-lès-Tours.
La nouvelle se répandit aussitôt dans le camp huguenot. Le Béarnais prit immédiatement ses dispositions. Il annonça qu'il partirait avec vingt officiers et cent hommes d'armes. Le reste de l'armée suivrait sans se hâter. Le roi, le lendemain, partit avec la faible escorte qu'il avait indiquée, tandis que son armée s'ébranlait lentement. Pardaillan trottait parmi les officiers du roi. Le roi, parfois, l'appelait près de lui et l'interrogeait.
Lorsqu'on arriva devant le château de Plessis, on vit que toute l'armée de Henri III était campée là.
Henri III attendait dans le jardin, vêtu d'un magnifique costume de satin blanc, portant au cou le grand collier de l'ordre dont il était le fondateur, appuyant sa main sur une poignée d'épée toute constellée de diamants, et les épaules couvertes d'un court manteau de soie cerise. Derrière lui, sur quinze ou vingt rangs de profondeur, ses courtisans et ses officiers, revêtus de leurs habits de cérémonie, lui formaient un cadre d'une splendeur étrange. En arrière de cette masse de costumes chatoyants, à gauche et à droite, un double rang de hallebardiers en costume de cour, majestueux et imposants, fermaient trois côtés d'un grand carre dont un seul était ouvert. Enfin, derrière les hallebardiers, trois régiments en tenue de campagne: au fond, les arquebusiers; à droite et à gauche, les pertuisaniers. Au milieu de cette énorme mise en scène que contemplait la foule, Henri III, seul dans un espace vide, attendait immobile.
Le Béarnais s'avança, suivi de son escorte de trois hommes poussiéreux de la route qu'ils venaient de faire. D'un geste, il arrêta ses trois compagnons, et s'avança seul.
Un silence de plomb s'abattit sur toute cette cour et sur le peuple attentif, lorsque le Béarnais s'arrêta à trois pas de Henri III, tout seul, avec son vieux pourpoint usé, son chapeau gris orné d'une médaille, ses bottes aux semelles éculées, aux éperons rouillés.
Brusquement, le Béarnais ouvrit ses bras. Henri de Valois, la poitrine oppressée, fit trois pas rapides et s'y jeta en murmurant:
—Mon frère! Ah! mon frère!... je suis bien malheureux!...