Si bien qu'Huguette eut une agonie merveilleuse de bonheur. Malgré tout, elle avait jusque-là douté de l'amour du chevalier. En le voyant si désespéré, si empressé aux mille soins de sa maladie, toujours là, toujours s'ingéniant à la consoler, à la faire rire, à lui prouver qu'elle vivrait et serait heureuse, elle ne douta plus et, dès lors, elle fut en effet parfaitement heureuse.

—Ah! cher ami, murmurait-elle parfois, que ne puis-je mourir cent fois pour avoir cent agonies pareilles!...

Elle mourut pourtant, la bonne hôtesse!... Elle mourut, souriante, le visage extasié de bonheur et d'amour, elle mourut dans un baiser que son cher, son grand ami, comme elle disait, imprima sur sa bouche, à l'instant suprême.

Le chevalier ferma pieusement ces yeux qui tant de fois lui avaient souri. Il pleura pendant des jours et des jours. Un mois après la mort d'Huguette, Pardaillan ouvrit le testament qu'avait laissé la bonne hôtesse.

—Je laisse mes biens, meubles et immeubles, à mon bien cher époux le chevalier de Pardaillan...

C'est par ces mots que commençait le testament. Suivait rémunération desdits biens, meubles et immeubles, dont le total faisait la somme ronde de deux cent vingt mille livres.

Pardaillan parcourut alors ce qui avait été l'auberge de la Devinière et assembla quelques menus souvenirs, notamment un petit portrait d'Huguette, qu'il fit enfermer dans un médaillon d'or. Puis, il se rendit chez le premier tabellion, lui montra le testament et lui déclara qu'à son tour il faisait don desdits biens, meubles et immeubles, aux pauvres du quartier Saint-Denis.

L'auberge de la Devinière fut donc transformée en un hospice pour vieillards et indigents. Pardaillan avait stipulé que la grande salle et la cuisine demeureraient intactes et qu'une partie des rentes serait affectée à la confection quotidienne d'une bonne soupe qui serait distribuée gratuitement aux misérables sans feu ni lieu.

Ayant ainsi arrangé son affaire, Pardaillan monta à cheval et sortit de Paris.

C'était par une soirée de février; un petit vent piquant lui égratignait le visage; il trottait sur la route, et les sabots de son cheval résonnaient sur la terre durcie par la gelée.