—Ne vous l'ai-je pas dit à Paris, alors que je n'avais nul besoin de déguiser la vérité? Ce qu'est devenue cette enfant, je l'ignore depuis qu'elle appartient à M. de Maurevert.
Pardaillan pâlit. Il n'y avait pas moyen de douter de ce que disait Fausta. Il était bien évident qu'elle n'avait eu aucun intérêt à mentir dans leur rencontre à Paris. Ce n'était donc plus du côté de Fausta qu'il fallait chercher: seul Maurevert pouvait parler.
—Adieu, madame, dit-il d'une voix altérée par l'émotion. J'éprouve ici une cruelle déception. Mais dois-je vous le dire? Je suis encore heureux de savoir que, du moins, dans cette recherche, je ne vous ai point pour ennemie.
—Je ne suis pas votre ennemie, dit Fausta à ce moment.
Et, ce mot, elle le prononça avec une telle douceur que Pardaillan s'arrêta. Fausta se rapprocha de lui, et posa sa main sur le bras du chevalier.
—Attendez un instant, dit-elle toujours avec douceur.
—Que me veut-elle? grommela Pardaillan en lui-même.
Fausta semblait hésiter. Sa main posée sur le bras du chevalier tremblait légèrement.
—Vous avez parlé, dit-elle enfin d'une voix oppressée, à mon tour, voulez-vous?...
Fausta s'arrêta soudain, comme si elle eût regretté d'avoir parlé. Et, dans cette minute où un double flot de passions contraires venait se heurter en elle, humiliée dans son rêve de pureté extra humaine et de divine domination, soulevée par l'amour féminin qu'elle portait dans son sein, Fausta comprit avec terreur qu'elle était double, qu'il y avait deux êtres en elle...