Fausta, vaincue encore une fois par cet homme qui n'était rien dans le gouvernement des hommes, s'appuya à un pilier pour ne pas défaillir. Pardaillan s'approcha d'elle. Sur son visage, il n'y avait plus d'ironie.
—Madame, dit-il d'une voix basse, mais pénétrante, laissez-moi vous répéter ce que je vous ai dit à notre première rencontre: vous êtes belle, vous êtes la jeunesse radieuse. Retournez en Italie... Soyez simplement une femme... et vous trouverez le bonheur.
Aimez l'amour. L'amour, c'est toute la femme et tout l'homme. Être reine ou papesse, la belle affaire! Allez-vous-en, madame! Et laissez-nous nous débrouiller ici contre ceux qui sont rois, princes ou ducs, car nous voulons notre part de soleil et de vie. Vous avez voulu me tuer. Mais, en me tuant, vous pleuriez. C'est pourquoi, madame, avant de parvenir aux luttes irrémédiables, j'ai voulu vous donner un fraternel avis. Plus tard, ma pitié serait un crime...
Fausta demeurait muette. Il semblait, que rien ne palpitât en elle. Pas un frisson n'agitait les plis rigides de la robe de moine qui l'enveloppait tout entière... Qui sait quelles mortelles pensées traversaient à ce moment son esprit?... Pardaillan continua:
—A ce sujet, madame, je dois vous dire que je me suis mis trois choses dans la tête: d'abord que M. de Guise ne sera pas roi. Depuis ma rencontre avec lui devant la Devinière, le compte que j'ai à régler avec lui s'est encore chargé; ensuite, que je tuerai M. de Maurevert. Enfin, que M. le duc d'Angoulême et la petite Violetta seront unis... Quoi, madame, n'avez-vous pas pitié de ces deux enfants? Voyons, madame, qu'ayez-vous fait de Violetta?... Si vous ne me répondez pas, je serai forcé d'en venir à de rudes extrémités...
Pardaillan se tut. L'église fut pleine de silence. Des parfums d'encens flottaient encore.
—Madame, reprit Pardaillan, songez que j'attends votre réponse: où est la petite bohémienne Violetta?
Fausta jeta un rapide regard autour d'elle. Elle se vit seule, à la merci du chevalier. Et comme elle avait résolu de ne pas mourir encore...
—Je l'ignore, dit-elle dans un souffle. Cette enfant ne m'intéresse pas. Elle n'est rien pour moi...
Pardaillan tressaillit. Fausta reprit de sa voix morne: