Marie de Montpensier jeta une sorte de gémissement rauque. Et, comme la foule s'écoulait, Fausta marcha au moine... s'arrêta devant lui... Une longue minute, ils se regardèrent, tandis que la duchesse de Montpensier, affolée, éperdue, cherchait le sonneur pour lui donner l'ordre de sonner les six coups... le signal de la défaite...

—Qui es-tu? demanda Fausta d'une voix rude.

En même temps, elle chercha sous son froc le poignard qu'elle portait toujours sur elle.

Au son de cette voix, le moine avait eu un mouvement, et Fausta perçut comme une espèce d'éclat de rire.

—Pardieu, madame, répondit le moine, moi je n'ai pas besoin de voir votre visage! Car votre voix est de celles qu'on n'oublie jamais, surtout quand on a été dans la nasse!... Vous voulez savoir qui je suis?... Regardez, madame!»

Aux premiers mots, aux premiers sons de cette voix, Fausta avait reculé de deux pas. Sous son capuchon, son visage devint d'une pâleur de morte. Et, pendant que le moine parlait, elle se disait:

—C'est sa voix! C'est lui! Et il est mort! C'est sa voix que je hais et... que j'aime!...

A ce moment, et comme le moine prononçait les derniers mots, il rabattit son capuchon, et la tête de Pardaillan apparut. Fausta vit cette tête pâle, où éclatait l'ironie nuancée de pitié. Un frémissement la bouleversa. Le délire du meurtre, l'appétit de tuer se déchaînèrent en elle. Et elle se ramassa comme pour bondir et frapper.

Pardaillan ne fit pas un geste. Un geste... Et il était mort peut-être!... Cela dura un éclair.

Cette immobilité de spectre sauva Pardaillan.