—Madame, pardonnez-moi ma simplicité d'esprit. Pourquoi diable vouliez-vous chercher le bonheur si haut et si loin, alors qu'il est partout autour de vous?

—Pardaillan, reprit Fausta, comme si elle n'eût pas entendu, Pardaillan, tu connais maintenant ma pensée. Or, écoute-moi; tu m'as dit, tu me répètes que je trouverai le bonheur autour de moi si je veux renoncer à la domination sublime que je rêvais. Pardaillan, j'y renonce!

Le chevalier tressaillit et ne put s'empêcher de respirer.

—Je renonce à tout ce que j'avais patiemment élaboré. Demain, je dis adieu à la France. Je vais chercher au fond de l'Italie la paix, la joie, le bonheur et l'amour... Mais, continua Fausta, c'est toi qui me conduis!... Voilà ce que je t'offre... Là-bas, j'ai des domaines, des richesses. Si tu veux, demain, nous partons, Pardaillan, poursuivit-elle avec une espèce de fièvre, celle qui s'offre à toi ne s'offrira plus jamais ni à toi ni à personne.

Elle était belle... non plus de cette beauté tragique et fatale qui inspirait autant d'effroi que d'admiration, mais d'une beauté de douleur, d'espoir et d'amour qui la transfigurait. Elle rayonnait et palpitait. Pardaillan soupira et songea, frémissant:

«Que de malheur va semer encore cet incomparable esprit de malfaisance!... O ma pauvre petite Loïse! Tu n'étais pas habile aux sublimes discours, mais comme un seul regard de tes yeux bleus était plus sublime encore, puisque, après tant d'années, c'est le souvenir de ton dernier regard qui me pénètre et me charme, tandis que la flamme de ces magnifiques yeux noirs ne me donne que malaise et frisson!...»

—Madame, reprit-il, que voulez-vous qu'un pauvre aventurier comme moi réponde aux choses admirables que vous me dites? Que puis-je donc vous dire, sinon ceci que vous savez déjà: j'aimais une enfant, une jolie petite fille d'amour qui s'appelait Loïse. Elle est morte... et je l'aime toujours... et toujours l'aimerai...

Il baissa la tête.

Fausta, d'un geste lent et raide, ramena son capuchon sur son visage livide. Elle n'ajouta pas un mot et s'éloigna. Quand elle fut à quelques pas, elle se retourna et vit que Pardaillan pleurait... Alors, une sorte de rage, une jalousie furieuse contre la morte éclata dans son coeur.

Lorsque Pardaillan releva la tête, il vit qu'il était seul et que Fausta s'en était allée. Il secoua la tête, et rapidement sortit à son tour.