—Un trésor! fit Mariange dont les petits yeux pétillèrent.

—Son coeur! Oui, son coeur qu'il a laissé entre les mains de la belle Philomène ici présente!...

—Quelle infamie! cria soeur Mariange.

—Ma soeur... supplia Philomène palpitante.

Soeur Mariange allait répliquer vertement, lorsque, tout à coup, elle s'élança vers la porte de l'enclos qui venait de s'ouvrir, livrant passage aux deux jeunes filles.

—Sainte Vierge! cria-t-elle, les deux païennes vont fuir!

Et elle se mit à courir de toute la force de ses jambes courtes... Violetta et sa compagne, légères comme des biches, bondissaient déjà vers la brèche... Soeur Philomène et Croasse étaient demeurés sur place, pétrifiés.

Picouic, avec le coup d'oeil sûr et prompt de l'homme affamé qui entrevoit un moyen de s'assurer le gîte et la pitance, étudia la situation.

En un instant, sa décision fut prise: il ouvrit l'immense compas de ses jambes, et se mit à arpenter le terrain gagnant sur les deux fugitives pour leur couper la retraite. En quelques enjambées, il eut atteint la brèche avant qu'elles n'y fussent arrivées elles-mêmes.

Violetta et sa compagne s'arrêtèrent. Une expression de désespoir envahit leurs visages; Violetta baissa la tête avec un soupir de détresse, et celle qui l'accompagnait se prit à pleurer.