—Ma soeur, dit Philomène, je vais quérir quelques oeufs que j'accommoderai et que j'apporterai avec ce restant de venaison dont nous fit hier cadeau le révérend frère quêteur.

Et, sans attendre cette fois l'assentiment de sa compagne, Philomène s'éloigna rapidement. Un quart d'heure plus tard, elle revenait avec les provisions annoncées.

—Quant au vin, dit-elle en rougissant, il faut attendre la nuit pour s'en procurer.

Les deux nonnes s'éloignèrent alors pour vaquer à la grande occupation qui leur était dévolue, c'est-à-dire pour aller espionner et surveiller les deux jeunes filles enfermées dans l'enclos. Picouic et Croasse, tout aussitôt, se mirent à table.

—Qu'est-ce que je te disais! fit Croasse en dévorant avec frénésie.

—Croasse, je te proclame le plus adroit compagnon!

—C'est comme cela que je suis... répondit Croasse avec modestie.

—Si nous sommes habiles, notre fortune est faite quand nous nous en irons d'ici! fit Picouic.

—Comment cela?...

—Ecoute... la petite Violetta est ici, détenue prisonnière. Si M. le chevalier de Pardaillan et M. le duc d'Angoulême sortent de la Bastille, comme ils en sont bien capables, notre fortune est faite.