—Vous mangerez ce que notre industrie nous procure tous les jours, car, s'il fallait compter sur les vivres du couvent, il y a longtemps que nous serions mortes... Dans un recoin caché, nous élevons des poules... Et le dimanche, ajouta Mariange, nous tordons le cou à un poulet.

—Admirable! fit Croasse.

—Enfin, nous avons les légumes que nous cultivons, et dont nous faisons une soupe presque tous les jours. Quand nous pouvons y joindre un quartier de boeuf ou de lard, nous n'y manquons pas.

—Et le vin? s'écria tout à coup Picouic.

—Nous buvons de l'eau, fit modestement soeur Philomène.

Les deux hercules firent la grimace. Mais soeur Philomène, les yeux baissés, ajouta du même ton de modestie:

—J'ai le moyen d'entrer dans la cave de l'abbesse... je crois donc que nous pouvons espérer au moins une bouteille ou deux par jour...

—Une dernière question, ma soeur?... fit Picouic en extase, à quelle heure dînez-vous?

—Peut-être ces braves cavaliers ont-ils faim? insinua Philomène.

—C'est-à-dire que nous avons fait un magnifique repas, sous un chêne de la porte Montmartre, mais comme la course nous a aiguisé l'appétit...