Il obéit... il ferma les yeux, et presque aussitôt tomba dans un profond sommeil.
Quand il se réveilla, il se sentit fort, l'esprit dégagé, les membres souples. Sur un fauteuil, près de lui, il aperçut les vêtements de cavalier qu'il avait lorsqu'il avait fait la route de Chartres à Paris. Il s'habilla promptement et alors chercha des yeux son poignard; mais le poignard avait disparu.
Il n'eut pas le temps de s'inquiéter de cette disparition, car à ce moment ses yeux tombèrent sur une table toute servie où deux couverts étaient dressés, et presque aussitôt une porte s'ouvrit. Marie de Montpensier parut. Avec cette démarche sautillante qui lui servait à dissimuler sa boiterie et qui était un charme de plus chez elle, la soeur du duc de Guise s'approcha et lui dit en souriant:
—Eh bien, messire, comment vous trouvez-vous?
—Madame, balbutia le moine, suis-je au ciel? L'éternel bonheur a-t-il commencé pour moi?...
—Hélas! non. Ce n'est pas ici le paradis!... C'est tout bonnement l'hôtel de Montpensier... et l'ange que vous voyez, messire, bien loin d'être un ange, n'est qu'une pauvre pécheresse qui a bien besoin d'indulgence... Mais, asseyez-vous là... et moi ici...
La table était admirablement servie en mets et friandises de haut goût, en vins généreux. Nul n'était là pour servir les deux convives: c'était la duchesse elle-même qui, avec une dextérité savante et gracieuse, découpait pâtés, venaison de chevreuil, remplissait les verres de ses blanches mains chargées de diamants.
C'était comme un rêve qu'eût fait le jeune homme. Il mangeait et buvait sans s'en apercevoir, et peu à peu l'ivresse montait à son cerveau. Mais cette ivresse provenait surtout du spectacle merveilleusement impur qu'il avait sous les yeux. En effet. Marie de Montpensier portait un costume que lui eût envié quelque opulente ribaude. C'est à peine si les gazes légères qui flottaient autour d'elle dissimulaient ses formes délicates. Un rire pervers, une volonté malicieuse étincelaient dans ses yeux. Cependant, dès l'instant où ils s'étaient assis, ils s'étaient mis à causer de choses qui ne se rattachaient pas à leur principale pensée en ce moment—pensée de séduction chez la duchesse, pensée de délire, d'enivrement et de défense chez le moine. Toute la scène était pour la séduction. Les paroles n'étaient là qu'un prétexte.
—Je suis bien heureuse, disait Marie de Montpensier, que vous soyez revenu à la vie, et à la santé. Vous voici maintenant hors d'affaire. Mais depuis neuf jours que vous êtes ici... que de fois j'ai tremblé!...
—Neuf jours!...