En somme, le voyage à Chartres n'avait donné aucun résultat, du moins en ce qui concernait l'amour du pauvre petit duc. En effet, la Fausta n'avait pu donner aucune indication sur Violetta. Pardaillan avait raconté à Charles la scène de la cathédrale, et flegmatiquement ajouté qu'il n'avait aucune raison de supposer que Fausta avait menti. Donc toute trace de la petite bohémienne était perdue.
—Ah! ça, monseigneur, dit à un moment Pardaillan, pourquoi tant de tristesse?... Faites attention, monseigneur, que naguère vous étiez enfermé à la Bastille, et que moi-même j'étais dans la nasse de Mme Fausta... Or, nous voici chevauchant, sains de corps et d'esprit, parfaitement capables de réaliser l'impossible, même de retrouver Violetta... Que vous faut-il de plus?
—Retrouver Violetta! dit amèrement le petit duc. Comme vous dites, Pardaillan, il faudrait pour cela réaliser l'impossible!...
—Et qui vous dit que c'est une oeuvre impossible que de retrouver une jeune fille qui, de son côté, ne demande qu'à voler vers vous?
—Nous n'avons aucune indication. Où tourner nos pas?...
—Nous irons simplement où va Maurevert, dit Pardaillan.
Charles ignorait encore l'étrange mariage qui s'était accompli dans l'église Saint-Paul. Il ignorait que Maurevert eût sur Violetta des droits de mari.
—Maurevert, reprit Pardaillan, c'est l'âme damnée du duc de Guise. Or, vous pouvez tenir pour certain que Guise est pour quelque chose dans la disparition de votre jolie petite bohémienne. Pouvons-nous directement nous attaquer à Guise, qui ne sort jamais sans une imposante escorte?...
—C'est vrai, Pardaillan, c'est vrai... mais Maurevert?...
—Eh bien, nous rentrons à Paris! nous retrouvons facilement Maurevert; nous l'attirons dans un endroit à l'abri de tout regard indiscret: et, quand nous le tenons, nous lui mettons la dague sur la gorge et nous lui disons: «Mon ami, vous passerez de vie à trépas si vous ne nous dites pas ce que votre illustre maître a fait de Mlle Violetta.» Que dites-vous de mon plan?