—Je dis, cher ami, que vous êtes le coeur le plus généreux, le bras le plus terrible, l'esprit le plus fécond en ressources...
—Fiez-vous donc à moi, reprit Pardaillan, du soin de mettre la main sur Maurevert. Je sens que le moment approche où je vais pouvoir liquider avec lui une vieille dette.
Les deux cavaliers, en devisant ainsi, continuaient à marcher au pas ou au trot de leurs chevaux, sans se hâter. Le lendemain, ils entraient dans Paris et filaient tout droit sur la Devinière, où ils arrivèrent sans encombre sur le coup de midi. Huguette était dans la cuisine, surveillant, en dépit de son chagrin, les allées et venues des domestiques, jetant un coup d'oeil sur les casseroles, encourageant le tournebroche.
Elle était fort pâle et triste, la bonne hôtesse de la Devinière, Elle croyait Pardaillan toujours à la Bastille. Pour le sauver, elle avait essayé une tentative désespérée. Cette aventure avait avorté comme on va le voir. Et la pauvre Huguette se désespérait.
Elle passa dans la grande salle pour veiller à ce que tout fût en bon ordre, et ce fut en passant cette inspection qu'el-le aperçut tout à coup Pardaillan, qui la regardait aller et venir avec un sourire attendri. Huguette demeura pétrifiée et se mit à trembler. Pardaillan se leva, alla à elle, lui saisit les mains.
—Ah! monsieur le chevalier, murmurait Huguette toute pâle, je n'ose en croire mes yeux.
—Croyez-en donc alors ces deux baisers, fit Pardaillan qui l'embrassa sur les deux joues.
Huguette se mit à rire en même temps que les larmes coulaient de ses yeux.
—Ah! monsieur, reprit-elle, vous voilà donc libre!... Mais comment avez-vous pu sortir de la Bastille?
—C'est bien simple, ma chère hôtesse, j'en suis sorti par la grande porte...