De petites fenêtres cintrées donnent sur ces fameux jardins, célèbres dans le monde entier.
Le roi Philippe II est assis devant une de ces fenêtres, et son oeil froid erre distraitement sur les splendeurs d'une nature luxuriante, corrigée, embellie et garrottée par un art intelligent, mais trop raffiné.
Le grand inquisiteur est debout près de lui.
Plus loin, appuyé au chambranle d'une autre fenêtre, un colosse se tient immobile. Un nez long et busqué, des yeux sombres, sans expression, c'est tout ce qui émerge d'une forêt de cheveux crépus, retombant sur le front, jusque sur les sourcils épais et broussailleux, et d'une barbe neptunienne, envahissant tout le bas du visage jusqu'aux pommettes, le tout d'un roux ardent.
Ce colosse, don Iago de Almaran, plus communément appelé à la cour Barba Roja, ou, en français, Barbe Rousse, c'était le dogue de Philippe II.
Là où se trouvait le roi, aux fêtes, aux cérémonies religieuses, aux exécutions, au conseil, on voyait Barba Roja, immobile, muet, les yeux fixés sur son maître, ne comprenant que sur son ordre exprès.
C'était une brute magnifique, qui faisait partie, en quelque sorte, des accessoires qui entouraient la personne du roi. Mais, sur un signe, sur un regard du maître, la brute devenait d'une intelligence remarquable pour exécuter l'ordre secret saisi au vol.
Le roi, dans son costume opulent et sévère, avec cet air sombre et glacial qui lui était habituel, écoutait attentivement les explications d'Espinosa.
—La princesse Fausta, disait le grand inquisiteur, est la même qui a rêvé de renouer la tradition de la papesse Jeanne. C'est la même qui a fait trembler Sixte V et a failli le renverser de son trône pontifical. C'est une intelligence et c'est une illuminée... Elle est à ménager, son concours peut être précieux.
—Et ce chevalier de Pardaillan?