—D'après ce que j'en ai entendu dire, c'est une force redoutable qu'il faudra s'attacher à tout prix ou briser impitoyablement... Mais encore faudrait-il le voir à l'oeuvre pour le juger... D'autre part, le jour même de son arrivée à Séville, il s'est heurté à un de mes agents... Ce Pardaillan l'a jeté dans la rue comme on jette un objet gênant...

—Il a osé porter la main sur un agent de l'Inquisition? fit le roi d'un air de doute.

Espinosa s'inclina en signe d'affirmation.

—Alors, dit Philippe sur un ton tranchant, il faut le châtier... tout ambassadeur qu'il est.

—Il est nécessaire de savoir d'abord ce que veut et ce que peut le sire de Pardaillan.

—Peut-être, fit le roi, toujours glacial. Mais il est impossible de laisser impunie l'offense faite à un agent de l'Etat... Il faut un exemple.

—Les apparences sont sauvegardées: l'agent n'avait pas d'ordres... il a agi de sa propre initiative et par excès de zèle... C'est un manquement à la discipline qui mérite une peine sévère. Quant au sire de Pardaillan, on saura trouver un prétexte... si besoin est.

—Bien! fit le roi avec indifférence.

Et, se levant, il vint, d'un pas lent et majestueux, se placer près de la table de travail:

—Faites introduire Mme la princesse Fausta.