Il se leva, fit deux pas rapides, se découvrit en un geste empreint de l'orgueilleuse élégance espagnole, et, la saisissant par la main, la redressa avant que la révérence ne fût terminée, la conduisit à un fauteuil en disant gravement:
—Veuillez vous asseoir, madame.
De la part de ce fier monarque, rigide observateur de l'étiquette, ce geste imprévu, qui stupéfia Espinosa, constituait le triomphe le plus éclatant pour Fausta.
Qu'était-ce que le roi Philippe?
C'était un croyant sincère. Doué d'une intelligence supérieure, il avait haussé cette foi jusqu'à l'absolu, s'en était fait une arme, et il avait rêvé ce que, jadis, avait dû rêver Torquemada, c'est-à-dire l'univers soumis à sa foi, c'est-à-dire à lui-même.
L'Histoire nous dit, en parlant de lui: sombre, fanatique, orgueilleux, despote... Peut-être!... en tout cas, c'est bientôt dit.
Nous disons, nous: IL CROYAIT! Et cela explique tout.
Il croyait que la foi est nécessaire à l'homme pour vivre une vie heureuse et mourir d'une mort paisible. Attenter à la foi, c'était donc attenter au bonheur des hommes, c'était donc les vouer à une mort désespérée. Les incroyants, les hérétiques apparaissaient comme des êtres malfaisants qu'il était nécessaire d'exterminer.
Sa foi religieuse se transformant en foi politique, il avait cru à la monarchie universelle.
De là, ses menées dans tous les pays d'Europe. De là, son intervention immédiate dans les affaires de la France. Ce pays devait être annexé le premier, puisqu'il se trouvait sur sa route, et, en l'annexant, il réunissait en même temps ses États en un formidable faisceau.