Elle était rayonnante d'audace et de foi ardente.
—Madame, dit gravement Philippe, j'avoue que les feux d'une couronne royale pâliraient sous l'éclatante blancheur de ce front si pur... Mais une tiare!.. excusez-moi, madame, il me semble que d'aussi jolies lèvres ne peuvent être faites pour d'aussi graves propos.
Cette fois, Fausta se sentit touchée. Le coup était rude; mais elle n'était pas femme à renoncer.
Elle reprit avec force:
—Si je suis l'Élue de Dieu pour le gouvernement des âmes, vous l'êtes, vous, pour le gouvernement des peuples. Ce rêve de monarchie universelle qui a hanté tant de cerveaux puissants, vous êtes désigné pour le réaliser... avec l'aide du chef de la Chrétienté, représentant de Dieu. Je parle d'un pape qui vous soutiendra en tout et pour tout parce qu'il aura l'indépendance nécessaire, parce qu'il aura besoin de s'appuyer sur vous comme vous aurez besoin de son assistance morale. Et, pour qu'il en soit ainsi, que faut-il? Que les États de ce pape soient suffisants pour lui permettre de tenir dignement son rang de souverain pontife. Donnez-lui l'Italie, il vous donnera le monde chrétien. Vous pouvez être ce maître du monde... je puis être ce pape...
Philippe avait écouté avec une attention soutenue sans rien manifester de ses impressions.
—Mais, madame, dit-il, l'Italie ne m'appartient pas. Ce serait une conquête à faire.
Fausta sourit.
—Je ne suis pas aussi déchue qu'on le croit, dit-elle. J'ai des partisans nombreux et décidés, un peu partout. J'ai de l'argent. Ce n'est pas une aide pour une conquête que je demande. Ce que je demande, c'est votre neutralité dans ma lutte contre le pape.
Le roi paraissait réfléchir profondément, et, d'un air rêveur, il murmura: