—Votre Majesté ne pense pas que j'aurais été assez insensée pour porter sur moi un tel document?

—Évidemment, madame, vous n'êtes pas femme à commettre une telle imprudence! répondit Philippe froidement.

Fausta sentit venir l'orage; mais, intrépide, comme toujours, elle ne recula pas. Et, toujours paisible:

—Votre Majesté l'aura dès qu'elle m'aura fait connaître sa décision au sujet des propositions que j'ai eu l'honneur de lui faire.

—Je ne pourrai rien décider, madame, tant que je n'aurai pas vu ce parchemin.

—Sans vous engager positivement, vous pourriez me laisser entrevoir vos intentions.

—Mon Dieu, madame, tout ce que vous m'avez dit concernant la papesse m'a singulièrement intéressé... Tout cela serait, à la rigueur, réalisable si vous étiez d'âge respectable. Mais vraiment, vous, madame, jeune et adorablement belle comme vous voilà? Mais nous autres, pauvres pécheurs, nous n'oserions jamais lever les yeux sur vous, car ce n'est pas la vénération due au représentant de Dieu que nous éprouverions alors, mais l'adoration ardente et jalouse due à l'incomparable beauté de la femme. Au lieu de sauver les âmes, vous les damneriez à tout jamais. Est-il possible? Vous rêvez de souveraineté pontificale! Mais, par la grâce, par le charme, par la beauté, vous êtes souveraine entre les souveraines et votre puissance est si prestigieuse que la mienne n'hésite pas à s'incliner devant elle.

Le roi avait commencé à parler avec froideur. Peu à peu, emporté par la violence de ses sentiments, il s'était animé, et, c'est sur un ton ardent, plus significatif que ses paroles assurément, qu'il avait terminé.

Fausta, sous son masque souriant, sentit gronder en elle une sourde irritation.

Allait-elle donc maintenant, partout et toujours, se heurter à l'amour? S'il en était ainsi, elle n'avait plus qu'à disparaître. C'était la ruine anticipée de tous ses projets.