—Je vous ai averti... Laissez faire... Nous réglerons tout quand il en sera temps.
Et le roi Philippe II, acceptant le conseil de son inquisiteur, intéressé malgré lui peut-être par la hardiesse et la bravoure étincelante de ce personnage qui ressemblait si peu à ses courtisans, toujours courbés devant lui, Philippe se taisait; mais en lui-même il murmurait:
—Voyons jusqu'où ira l'insolence de ce roturier!
Fausta, oubliant qu'elle avait congé, oubliant le roi lui-même, fixait sur Pardaillan un regard résolu, prête à relever le défi—et cependant d'un esprit trop supérieur pour ne pas admirer intérieurement.
Chez Espinosa, l'admiration se traduisait par cette réflexion:
«Il faut que cet homme soit à nous à tout prix!»
Seul Pardaillan souriait de son sourire naïf, ne paraissait pas soupçonner le moins du monde la tempête déchaînée par son attitude et qu'il jouait sa tête.
Et, avec la même simplicité, s'adressant au roi:
—Je vous demande pardon, sire, je manque peut-être à l'étiquette, mais mon excuse est dans ce fait que notre sire, le roi de France (et il insistait sur ces derniers mots), nous a habitués à une large tolérance sur ces questions, quelque peu puériles.
La position risquait de devenir ridicule, c'est-à-dire terrible pour le roi. Il fallait, de toute nécessité, réprimer ce qui lui apparaissait comme une insolence, ou l'écraser de son dédain.