Un duel dans l'antichambre royale... C'était un fait inouï, sans précédent, et Barba Roja était le seul homme qui pût se permettre un geste pareil.
Le colosse, en dehors de sa force extraordinaire, passait pour une des premières lames d'Espagne, et, pour peu que l'étranger sût manier proprement son épée, le spectacle allait être passionnant au plus haut point. Aussi le silence s'établit subitement. On se rangea en un vaste demi-cercle, laissant le plus de place possible aux deux combattants qui se trouvaient non loin de la porte par l'entrebâillement de laquelle Philippe II, invisible, assistait à toute la scène, l'oeil étincelant d'une joie sauvage. Pardaillan avait admirablement joué son rôle poltron, et, pour le roi comme pour tous les assistants, le doute n'était pas possible: le dogue du roi allait rudement châtier l'insolent Français.
L'huissier avait voulu se mettre à l'écart, mais Barba Roja était si sûr de lui qu'il commanda:
—Ne bougez pas. Monsieur sautera, tout à l'heure.
Les deux adversaires tombèrent en garde au milieu du cercle attentif.
Ce fut bref, foudroyant, étincelant. A peine quelques froissements de fer, quelques éclairs, et l'épée de Barba Roja, arrachée par une force irrésistible, s'en alla rouler au milieu du cercle muet d'effarement.
—Ramassez, monsieur, dit froidement Pardaillan.
Le colosse s'était déjà précipité sur son épée. De nouveau il fonça sur Pardaillan, convaincu que ce qui venait de lui arriver était le fait d'une surprise, d'une faiblesse passagère, qui ne se renouvellerait pas.
Et, une deuxième fois, l'épée, violemment arrachée, alla rouler sur les dalles, où, cette fois, elle se cassa net.
—Demonio! hurla Barba Roja, qui se rua, la dague levée.