D'un geste prompt comme la foudre, Pardaillan passa son épée dans sa main gauche, saisit au vol le poignet du colosse, et, d'une étreinte formidable, le maintint levé, le pétrit, le broya, sans effort apparent, avec aux lèvres un sourire terrible. Barba Roja se raidit dans un effort de tous ses muscles. Il ne réussit pas à se soustraire à la prodigieuse étreinte, et, au milieu du silence de mort qui planait sur l'assistance, on entendit un râle étouffé. Une expression de douleur atroce se répandit sur les traits du colosse: ses doigts engourdis s'ouvrirent malgré lui; le poignard lui échappa et, tombant sur la pointe, se brisa avec un bruit sec.
Alors, d'un geste brusque, Pardaillan ramena le poignet en arrière et le maintint sur le dos, tandis que, de la main gauche, il rengainait son épée inutile. Et Barba Roja qui sentait ses os craquer sous la pression de fer. Barba Roja fut contraint de se courber.
Alors, ainsi courbé, Pardaillan le poussa vers l'huissier qui maintenait toujours sa baguette à deux mains d'un geste purement machinal.
—Saute! commanda impérieusement Pardaillan en montrant la baguette de son doigt tendu.
Barba Roja essaya une suprême résistance...
—Saute! répéta Pardaillan, ou je te brise les os!
Et un craquement sinistre, suivi d'un gémissement plaintif, vint prouver aux courtisans pétrifiés que la menace n'était pas vaine.
Et, soulevé par les tenailles d'acier, sentant son bras se désarticuler sous la puissante pesée, les traits contractés, livide de honte, écumant de fureur et de douleur, Barba Roja sauta. Impitoyable, Pardaillan l'obligea à se retourner et à sauter dans le sens contraire.
Ils se trouvaient alors placés face au cabinet du roi.
Haletant, râlant, le visage inondé de sueur, les yeux exorbités. Barba Roja paraissait sur le point de s'évanouir. Alors, Pardaillan le lâcha.