Mais, de la main gauche, saisissant à pleine main l'opulente barbe du colosse, sans un mot, sans regarder derrière, comme une bête qu'on traîne à l'abattoir, il le traîna à peu près inerte, vers le cabinet du roi.
Et Philippe II, qui le vit venir, n'eut que le temps de se reculer précipitamment, sans quoi il eût reçu en plein visage le battant de la porte, que Pardaillan repoussa d'un violent coup de pied.
Alors, laissant la porte grande ouverte derrière lui, d'une dernière poussée envoyant Barba Roja rouler évanoui aux pieds du roi:
—Sire, dit Pardaillan d'une voix claironnante, je vous ramène ce mauvais drôle... Une autre fois, ne le laissez pas aller sans sa gouvernante, car, s'il s'avise encore de me vouloir jouer ses farces incongrues, je serai forcé de lui arracher un à un les poils de sa barbe...
Et, dans la stupeur et l'effarement, il sortit sans se presser, en jetant autour de lui des regards étincelants.
Lorsque gentilshommes et officiers, revenus de leur stupeur, se décidèrent à courir sus à l'insolent, il était trop tard. Pardaillan avait disparu.
XIII
LE DOCUMENT
En reconduisant Fausta, Espinosa lui avait dit:
Madame, vous plairait-il de m'attendre un instant dans mon cabinet? Je reprendrais avec vous la conversation au point où elle est restée avec le roi, peut-être arriverons-nous à nous entendre.