—Voici, madame, le document que mon imprudence faillit vous faire perdre.
—Eh quoi! monsieur, fit Fausta avec un calme superbe, vous ne le gardez pas?... Ce document a, pour vous, autant de valeur que pour nous. Vous avez traversé la France et l'Espagne pour vous en emparer. C'est à vous personnellement, sire de Pardaillan, qu'on vient de le remettre, ne pensez-vous pas que l'occasion est unique et que vous pouvez le garder sans manquer aux règles de chevalerie si sévères que vous vous imposez?
—Madame, fit Pardaillan déjà hérissé, j'ai demandé ce document pour vous. Je dois donc vous le remettre. Me croire capable du calcul que vous venez d'énoncer serait me faire une injure injustifiée.
—A Dieu ne plaise, dit Fausta, que j'aie la pensée d'insulter un des derniers preux qui soient au monde!... Mais comment ferez-vous pour tenir la parole que vous avez donnée au roi de Navarre?
—Madame, fit Pardaillan avec simplicité, j'ai eu l'honneur de vous le dire: j'attendrai qu'il vous plaise de me remettre de plein gré ce chiffon de parchemin.
Fausta prit le parchemin sans répondre et demeura songeuse.
—Madame, fit alors Espinosa, vous avez ma parole: vous et votre escorte pourrez quitter librement l'Alcazar.
—Monsieur le grand inquisiteur, dit gravement Pardaillan, vous avez acquis des droits à ma reconnaissance, et, chez moi, ceci n'est pas une formule de politesse.
—Je sais, monsieur, dit non moins gravement Espinosa. Et j'en suis d'autant plus heureux que, moi aussi, j'ai quelque chose à vous demander.
—Ah! oh! pensa Pardaillan, je me disais aussi: voilà bien de la générosité!